Tuesday, 24 June 2014

L'enseignement du parkour


Ces dernières années, on a pu voir l’augmentation du nombre de « cours » ou entrainements de parkour en tous genres, dans le milieu associatif, scolaire, privé… néanmoins, la plupart des traceurs confirmés d’aujourd’hui, ayant commencé en général il y a plus de cinq ans, ont appris par eux-mêmes, seuls ou en petits groupes, en imitant des films ou des vidéos trouvées sur internet. Parmi eux, on trouve naturellement de ceux qui pensent qu’il est impossible d’enseigner le parkour. Et ils n’ont pas tout à fait tort (pour des raisons que j’aborderais plus loin). Mais il me semble qu’il y a une place pour l’enseignement[1] qu’il ne faut pas négliger, en particulier au vu de l’essor extrêmement rapide de la discipline[2]. J’aborderais dans cet article les idées, réflexions et questionnements que j’ai pu avoir sur le sujet. Cela peut vous intéresser en tant qu’enseignant (et pas seulement de parkour), mais également en tant que pratiquant. Si vous avez quelque chose à ajouter ou voulez me contredire, c’est avec plaisir, ma réflexion est loin d’être terminée, d’autant plus que je ne suis pas un spécialiste de la pédagogie.
Commençons par le dire : je vais m’efforcer d’être neutre, mais il y aura nécessairement ici une part de subjectivité. J’adore enseigner, partager des connaissances. Si selon moi l’altruisme (désintéressé) n’existe pas, cela n’empêche pas les actes égoïstes de pouvoir être également bénéfiques pour autrui, de l’égoïsme utile en somme[3]. C’est ce que je m’efforce de faire en général, et en particulier à travers l’enseignement du parkour. Disons que je serais bien triste si l’on me retirait cela, qui est une de mes motivations pour persévérer dans la discipline.

En vivant le parkour, on a vraiment l’impression de pratiquer une activité à part du reste, et ce ressenti est suffisamment ancré chez les traceurs pour qu’il apparaisse difficile de mettre le parkour en relation avec d’autres pratiques physique (hormis peut-être les arts martiaux, parallèle fait régulièrement). Pourtant, en tant qu’activité physique pure, le parkour ne diffère pas fondamentalement de tout autre activité physique… et donc des sports. On pourra argumenter autant que l’on veut concernant la liberté du mouvement et le fait que dans le parkour, « ce qui est efficace est ce qui est juste »… il n’en reste pas moins qu’il y a des mouvements « justes », et d’autres « faux », et cela à trois niveaux.
Premièrement, on l’a dit, ce qui est efficace est considéré comme juste, étant donné la finalité[4] du parkour.
Deuxièmement, et cela est une conséquence du premier point, on peut remarquer l’émergence d’une esthétique fonctionnelle dans le parkour. On entend ainsi souvent chez les traceurs des critiques exprimés sous une forme esthétique : « C’était quoi ce climb-up ? » « Ton atterrissage était dégueulasse ! », « Trop moche ton saut ! », etc. Ce qui est efficace et juste devient également ce qui est beau (sans doute une des raisons pour laquelle un training large est pour certains traceurs, moi le premier, largement plus stylé qu’un costard).
Troisièmement, en dehors de l’efficacité sur le court terme, il faut tenir compte de l’efficacité sur le long terme. Chaque traceur a sa propre manière de bouger, selon son expérience, ses préférences, sa morphologie… et ce qui est efficace peut être différent pour chacun. Néanmoins, il ne faut jamais oublier qu’en essayant de corriger une mauvaise habitude, une forme de mouvement efficace paraîtra très souvent le contraire (« ça fonctionne pas pour moi »), jusqu’au moment où l’accumulation d’heures d’entrainements permet à cette nouvelle forme de surpasser largement la première, raison pour laquelle la persévérance est importante. La plupart des mouvements du parkour sont assez naturels (parce que le corps humain est tout à fait adapté pour les produire, et qu’ils ont en général tous été expérimentés à partir de notre enfance) et semblent venir très rapidement chez la plupart des débutants. Néanmoins, le problème survient souvent quand une mauvaise habitude est prise. Formellement, on ne nous apprend pas grand-chose des mouvements de base, que ce soit dans le cadre familial, social, scolaire... Comment avoir une bonne posture, comment marcher, courir, sauter, et surtout atterrir correctement ? Une mauvaise technique avec les forces énormes qui sont en jeu dans le parkour représente un bien plus grand danger et risque sur le moyen/long terme qu’une chute.
Pour déterminer ce qui est juste, et ce qui est faux, il faut donc une personne d’expérience. Beaucoup d’éléments (atterrir sur les pointes, diminuer le bruit des impacts, etc.) sont à la portée de n’importe quel traceur, après quelques entrainements. D’autres nécessitent des connaissances beaucoup plus étendues, d’autant plus que, comme dit plus haut, les règles de la justesse se transmettent beaucoup par l’esthétique, et que le beau n’est pas toujours juste, ou le plus juste, en particulier si l’on tiens compte des divergences morphologiques entre les traceurs[5].

L’activité physique est également source de nombreux aprioris et mythes, et ce n’est malheureusement pas l’éducation physique scolaire (faute d’enseignement formel, on nous fait jouer plus qu’autre chose), ni (de mon expérience vécue) les clubs sportifs, qui vont les dissiper. Si l’on ne peut pas les dissiper, on peut au moins éviter que d’autres se propagent à partir du parkour. Le parkour a donc besoin de personnes qualifiées, et pas seulement en tant que traceurs d’expérience (qui ont leur place également, que j’encourage fortement et notamment à consolider leurs connaissances, que je remercie pour tout ce qui a été fait jusqu’à maintenant).

Les enseignants peuvent être très utiles pour donner un cadre motivationnel à la pratique. Certaines personnes ont besoin d’une structure temporelle (entrainements réguliers) ou spatiale (salles, lieu habituel), ou tout simplement d’une personne qui leur dise quoi faire. Il me parait douteux, et j’y reviendrai plus loin, de faire dépendre les individus sur de telles structures, c’est pourquoi j’encourage à s’entrainer par soi-même (seul si possible, ou en groupe réduit) le plus vite et le plus régulièrement possible, et cela en extérieur. Mais cela demande peut-être une phase de transition pour quelqu’un habitué au cadre habituel des sports modernes, pour une personne ne se sentant pas à l’aise d’investir les lieux publics de sa présence, etc.
Les enseignants ont également leur place pour donner un cadre philosophique à la discipline, en rappeler l’origine, etc. même si cela peut à mon sens être fait tout à fait correctement par les traceurs qui s’y intéressent un minimum.

Il y aurait sans doute bien plus à dire, mais je pense que cela suffit à remettre l’enseignement à la place qui lui est due. Venons-en maintenant aux problèmes que pose l’enseignement du parkour, qui sont loin d’être négligeables.
Si le parkour ne se distingue pas d’une pratique physique classique au niveau du mouvement même, le sens qu’on lui donne, la philosophie et méthodologie qui lui sont propres font que l’approche doit être différente à certains égards. En effet, avant d’être un moyen de locomotion, le parkour est une méthode d’entrainement consistant à se renforcer physiquement et mentalement en franchissant des obstacles[6]. Le parkour n’est pas une performance objective pouvant être atteinte par des moyens divers mais est constitué en lui-même par ces moyens. Le parkour, c’est le parcours qui y mène. Le parkour consiste en cette confrontation à l’obstacle qui est difficile mais qu’on ne peut pas retirer. Je crois qu’il est assez évident que si on se levait un jour et que toutes les barrières étaient levées, le parkour n’aurait plus de sens, se jouer des obstacles n’ayant d’intérêt que par la présence d’obstacles[7]. En clair, la facette du parkour qui pour moi a le plus d'importance réside dans l’expérience et la recherche que chacun fait pour sa progression, et pas dans la progression elle-même (ou dit autrement, pas dans les résultats de cette progression, qui sont secondaires[8]).
Le parkour exige de s’adapter à son environnement, chaque situation et chaque obstacle ayant ses spécificités. Il ne peut pas s’enseigner en salle. Au mieux, il est possible de faire une « introduction au parkour », en présenter les mouvements principaux et spécifiques, et cela peut être utile dans certaines conditions ou avec certaines catégories de personnes. Mais dire que cela est du parkour serait dénaturer totalement la pratique et lui retirer tout son sens.
Le parkour demande d’être autonome, de se connaitre et de pouvoir identifier ce qui est possible et impossible en fonction de la situation et de nos propres capacités afin de pouvoir être compris comme une façon de se déplacer quotidiennement (ou à minima, lors de situations spécifiques[9]) au lieu d’être un simple sport déconnecté de la vie. Il faut être capable de se poser des obstacles à soi-même et de les affronter afin de pouvoir progresser (et surtout s’amuser, créer un jeu en se donnant un certain nombre de règles). L’enseignant doit donc permettre cette prise d’autonomie. Le traceur n’est pas un simple exécuteur de mouvement, c’est à lui de tracer sa route. On a par ailleurs toujours dit que le parkour consistait en un refus des normes, un refus de l’attribution fonctionnelle qui a été faite à l’environnement (« j’utilise ce banc pour autre chose que m’assoir »). Il semblerait bien étrange (et présomptueux peut-être) qu’un enseignant fasse la démarche inverse en déterminant le juste et le faux en lieu et place du traceur lui-même, en dehors des éléments mentionnés plus haut.
Mettons les choses ainsi : le traceur est rationnel et libre. C’est en théorie à lui de déterminer sa façon de bouger. Il lui manque néanmoins pour faire ses décisions la perfection de l’information, à laquelle pourra contribuer un enseignant expérimenté et compétent. Le choix c’est bien, mais un choix éclairé, c’est mieux. La population des traceurs étant constituée principalement de jeunes, le problème de l’immaturité ne doit pas être négligé : un jeune étant moins capable de se projeter dans l’avenir, il ne lui suffit pas toujours de connaitre des conséquences pour en prendre compte dans sa pratique. Il y a donc des cas où tempérer certaines prises de risque semble important, même si ces cas sont difficiles à définir (qui décide quelle prise de risque en vaut la peine ? qui en est responsable ?).

Tout cela étant dit, voici quelques guidelines que j’essaie de suivre moi-même, qui me semblent importantes et que j’aurais aimé voir appliquées par les enseignants que j’ai pu avoir jusqu’à maintenant (c’est bien parce que j’ai souvent été déçu que j’essaie d’en faire l’application moi-même) :
Transmission horizontale du savoir : il me semble que personne n’a de prérogative sur le savoir. Le savoir est fluctuant, en constante évolution, et cela est particulièrement marqué dans le monde du sport qui reste un sujet d’étude très récent. Tout le monde peut faire des erreurs, tout le monde peut être corrigé. Tout le monde est compétent dans certaines domaines, moins dans d’autres. Pour ces raisons, je dirais qu’il est nécessaire que l’enseignement ne se fasse pas sous forme d’imposition d’autorité. Chacun peut contribuer aux connaissances de l’autre, et même si la transmission d’information se fait de manière asymétrique entre un débutant et un expert, il est important qu’elle se fasse dans les deux sens. Pour contribuer à l’autonomie (et donc diminuer la dépendance, ce qui sera difficile à accepter et mettre en place pour certains…) du traceur ou de l’apprenant en général, il est essentiel de toujours expliquer les raisons ou le raisonnement qu’il y a derrière les informations qu’on lui donne. Ce n’est pas « fais-ceci » qui lui sera utile, mais « fais-ceci parce que [x] ». Cela permet une distance critique, voire de décider que la méthode proposée n’est pas la bonne (notamment si [x] ne fait pas partie des objectifs du pratiquant), permet une meilleure transposition des connaissances à d’autres domaines (plus ou moins proches selon le cas), et contribue au niveau de connaissance en général. Dans mon idéal, enseigner c’est contribuer au développement de la personne en général, pas juste dans un seul domaine précis et restreint. Si en enseignant le parkour on peut faire passer d’autres connaissances avec, pourquoi s’en priver ? Oui ça demande du travail de la part de l’enseignant (qui doit être capable de s’adapter, qui doit vérifier ses informations et réellement comprendre ce qu’il dit au lieu de simplement suivre les recommandations de ses propres enseignants et appliquer dans le vide). Oui, ça demande de l’humilité de refuser une position d’autorité. Ouais ça demande de redonner à l’individu sa propre responsabilité et se mettre en danger dans ce monde où personne n’ose prendre de risque[10]. Oui, ça brise le cœur et le portemonnaie de rendre l’autre progressivement indépendant de soi. Vous êtes là pour enseigner et voir les gens progresser et s’améliorer ou pour faire une transaction marchande ?
En dehors de la relation débutant-expert, il m’a toujours semblé que la transmission peut se faire à tous les niveaux, même débutant-débutant[11]. Au sein du groupe, l’entraide est non seulement utile pour la progression de tous, mais elle est également extrêmement valorisante pour chacun, et peut être une source de motivation très forte (ce qu’elle a été et est toujours pour moi dans de nombreux domaines), ainsi qu’un facteur de cohésion de la communauté. Favoriser activement ces échanges semble une bonne chose, mais j’ai remarqué que l’auto-organisation et le laisser-faire fonctionne bien dans notre association : j’ai vu des débutants à leur deuxième ou troisième entrainement expliquer de A à Z tout ce qu’ils ont appris jusque-là à leur pote qui venait pour la première fois. Spontanément. Je n’ai pas une seule fois émis un encouragement à l’entraide. Il y a surement un moyen d’instaurer un tel climat, mais puisqu’il s’est toujours imposé sans que je n’aie rien eu à faire, je ne saurais en donner les clés. J’imagine que le fait de ne pas faire de cours structuré et de ne pas avoir une position trop prédominante lors des entrainements joue un rôle permissif. Peut-être qu’il y a quelque chose à ce sujet dans la littérature pédagogique, je suis preneur si tel est le cas.

Ne pas privilégier la compétition : beaucoup de gens pensent que la compétition est le principal moteur au niveau sportif (mais aussi social, ou même à l’échelle de l’évolution des espèces), et considèrent que le contraire reviendrait à un nivellement vers le bas. Pourtant, ce n’est pas l’enjeu ici. La compétition n’est pas le seul moyen, et à bien des égards pas le meilleur, de pousser à la performance. Pourquoi privilégier des relations gagnant-perdant alors qu’on peut obtenir des relations gagnant-gagnant ? Dans mon vécu de sportif, j’ai vu de la rage, de la violence physique et verbale, des pleurs, du dégoût, des abandons. Jusqu’à maintenant, je n’ai pas perçu ceci lors des entrainements de parkour. J’ose imaginer que le fait de laisser les gens s’organiser par eux-mêmes, se fixer leurs propres buts, permet d’éviter les conflits. L’entraide se fait naturellement parce que c’est le meilleur moyen de s’auto-organiser lors que le mode de fonctionnement n’est pas imposé avec force par des conditions externes.
Il est intéressant de noter que d’opter pour un climat de maîtrise (privilégiant « l’apprentissage, les progrès personnels et la valorisation du travail et des efforts »[12]) au lieu d’un climat de compétition (valorisant la « comparaison sociale, la compétition interpersonnelle, et le résultat final ») conduit à une plus grande motivation et une persistance dans l’activité, pousse moins à des stratégies telles que la tricherie (qui est positive lorsque le but est de gagner, pas lorsqu’il s’agit d’apprendre ou de progresser), provoque moins d’anxiété… bref est, en tout cas en moyenne (certains individus étant sans doute mieux adaptés que d’autres à tel ou tel climat motivationnel) plus profitable que la compétition. La raison la plus valable d’opter pour la compétition à l’entrainement est lorsque le but d’un athlète est la compétition elle-même. Or, cette raison disparait dès lors que l’on considère que la compétition n’a pas lieu d’être. Et étant donné que seulement 16% de la population Suisse comptent la compétition parmi leurs raisons de faire du sport (contre 98% pour la santé, 91% pour penser à autre chose, 70% pour la convivialité…)[13], et que ce chiffre serait sans doute moins grand dans un environnement social et sportif moins compétitif, je l’écarte sans trop de remords des modes de fonctionnement que je valorise.

Structure de cours : au vu de tous les arguments exposés plus haut, comment organiser un cours de parkour ? C’est une question difficile que je ne cesse de me poser, et je vous invite à la discussion. J’ai quitté le monde des clubs sportifs, principalement parce qu’un modèle strictement structuré ne me convenait en rien. Je me suis juré de ne jamais répéter ce modèle (qui malheureusement est le plus simple et le moins contraignant à mettre en place, raison pour laquelle il est dominant). Je ne sais pas s’il est possible d’avoir un autre mode de fonctionnement efficace au niveau pédagogique, car il est vrai qu’il est très difficile de contrôler et conseiller un grand groupe si ce n’est avec un cours structuré. La transmission horizontale du savoir dont je parlais semble une bonne voie à explorer, mais elle n’est surement pas applicable avec des enfants ou un grand groupe de débutant (j’ai déjà mentionné que l’interaction débutant-débutant n’est pas très efficace pour le développement des connaissances). Il faut donc être constamment prêt à s’adapter. De toute façon cette adaptabilité est essentielle : en effet, la plupart des cours structurés que j’ai pu suivre n’étaient pas suffisamment modulables pour permettre à un sujet faible (faible pour la méthode utilisée) de suivre, ni à un sujet fort de développer son plein potentiel. En général, face à un individu qui éprouvait des problèmes, la méthode consistait à… répéter en boucle la même méthode, entrainement après entrainement, au lieu d’adopter rapidement une approche différente. Telle personne apprend de manière visuelle, telle personne auditivement, une autre préférera le « trial and error » pur et dur…
Bref, je recommande l’approche structurée avec les enfants (je dirais pour les moins de 12-14 ans, ensuite il est facile d’implémenter une autre méthode, mais je ne suis évidemment pas spécialiste de la pédagogie et j’ai peu d’expérience avec les très jeunes enfants) ou pour les débutants durant leurs premières semaines d’entrainement. L’approche structurée convient également bien lorsque la recherche de performance est importante, mais personne n’est à mon avis actuellement en mesure de pouvoir donner des directives précises concernant une intensité et un nombre de répétitions optimales de mouvements. Les traceurs ne suivent pas les recommandations concernant les méthodes de pliométriques, et pourtant développent une détente impressionnante.

Peut-être que je me base trop sur mon vécu personnel de la discipline et que l’auto-organisation ne convient pas à tous, mais les performances impressionnantes des traceurs actuels ou les progrès des groupes que je côtoie, ainsi que leur motivation, sont des indices que la pratique autonome fonctionne tout à fait bien et ce pour un panel très large d’individus. De plus, il y a un nombre croissant de gens qui commencent à vouloir rechercher une pratique moins contraignante, plus autonome (d’où l’explosion de la course à pied ou des différentes pratiques urbaines comme le street workout, voire même les salles de fitness), les alternatives au dogme du club sportif ont donc leur importance. Si concilier la pratique autonome avec l’encadrement d’un enseignant est un défi à relever, qui exige beaucoup de concessions de la part de l’enseignant et parfois du pratiquant lui-même, je pense qu’il y a là moyen de changer de paradigme sportif, et à défaut de changer le sport actuel, lui créer une alternative qui non seulement est viable mais me semble potentiellement plus bénéfique pour l’individu et la société.


[1] J’entends par enseignement la définition assez générale de « transmission de connaissances et de savoir-faire »
[2] Qui amène, selon les mots de Blane, une dilution de la mentalité parkour, des valeurs, des connaissances, des techniques, et quelque part de la force des traceurs… sa démocratisation se fait naturellement à un certain prix.
[3] La Morale anarchiste  et L'Entraide, un facteur de l'évolution de Pierre Kropotkine sont assez inspirants à ce sujet.
[4] Être capable de surmonter des obstacles avec un maximum d’efficience (plus précisément, en un minimum de temps et de dépense d’énergie, avec un maximum de certitude et de sécurité).
[5] Question subsidiaire : le parkour, fortement masculin depuis son origine, privilégie sans doute des formes de mouvements adaptés aux hommes, doit-on en modifier certaines pour les femmes (ou pour les hommes plus frêles, ou d’autres formes encore pour les enfants, la question n’est de toute façon pas ici de savoir ce qui est de l’ordre du naturel ou du social, du sexe ou du genre).
[6] Le parkour n’est pas dissociable de cet aspect, c’est ce qui fait sa spécificité, et j’ai déjà argumenté à ce sujet ici : http://yanndaout.blogspot.ch/2013_11_01_archive.html
[7] J’ai également déjà mentionné que je ne pense pas que l’on retire plus de plaisir à un niveau avancé que lorsque l’on est débutant. Les mouvements sont différents, les obstacles aussi, mais la relation entre les deux ne change pas. L’obstacle est subjectif, il est obstacle par rapport à soi, le bénéfice de le franchir se fait aussi toujours par rapport à soi et nos capacités actuelles. Il est par contre évident que l’on retire du plaisir à progresser, mais cela ne veut pas dire qu’il faut maximiser la performance.
[8] Les résultats vont dépendre de tellement de facteurs, dont la morphologie du pratiquant, son sexe, âge, mode de vie, motivation… qu’il est aberrant de vouloir faire de la comparaison objective entre les individus. De plus, on sait très bien que cette progression devra être freinée, stoppée, puis deviendra régression plus ou moins rapide avec le temps. Le dépassement de soi n’a plus de sens sur le long terme, et c’est une autre raison de voir que l’expérience quotidienne et intrinsèque de la discipline est bien plus importante que ses résultats.
[9] Situations d’urgence, mais aussi prendre un raccourci, franchir une barrière, courir après son bus…
[11] La littérature, notamment Darnis-Paraboschi et al, 2006, montre qu’une dysmétrie est plus profitable, surtout pour le sujet faible. Mais on admettra que tout le monde possède ou acquiert rapidement quelques connaissances sur les mouvements simples du parkour qui lui seront suffisantes pour progresser et faire progresser un sujet de niveau similaire ou inférieur.
[12] Sarrazin et al, 2006 http://rfp.revues.org/463?lang=en

Monday, 23 December 2013

Des excuses, toujours plus d'excuses.


Les gens ont un intérêt certain pour le parkour. Les questions fusent rapidement : qu’est-ce que c’est ? comment/quand/où vous entrainez-vous ? Et après avoir répondu à ces questions, l’échange se termine souvent sur un « j’aimerais bien en faire » ou « j’aurais bien aimé, dans ma jeunesse ». Alors, on propose : venez-nous rejoindre.
A partir de là, on a soit une réponse par l’affirmative… soit une avalanche infinie d’excuses. Pourquoi se chercher des excuses ? Si l’intérêt et la motivation sont là, pourquoi se retenir ?
Je vais essayer de dissiper quelques doutes et idées reçues qu’on peut avoir sur la pratique du parkour, et répondre à quelques excuses qu’on m’a données ou qu’on aurait pu me donner. J'espère ainsi inspirer les hésitants :D

« C’est trop dangereux »

Chris Rowat (Blane) disait dans une interview[1] que le parkour se situe très bas sur la liste des sports classés en fonction du nombre d’accidents. Tout en haut, il y a l’équitation. Le danger ne vient pas de là où on l’attend. En 6 mois d’activité avec notre association (Parkour Lausanne), nous n’avons eu aucun accident, en dehors des quelques bleus et égratignures inhérentes à n’importe quelle activité physique.
Contrairement à ce que l’on peut voir dans les vidéos, le parkour ne se pratique pas sur des toits d’immeubles. Ce que l’on voit en vidéo, c’est le résultat d’entrainements fréquents, généralement durant des années. L’entrainement, quant à lui, se passe essentiellement au niveau du sol. Le parkour s’apprend de manière très progressive, et s’adapte aux besoins et capacités de chacun. Chacun avance à son rythme, mais chacun avance ! La peur, mécanisme de défense très efficace, nous retient de faire n’importe quoi avec notre corps. C’est un guide, un ami fidèle dans la pratique et en règle générale, il va nous faire éviter la majorité des risques. Paradoxalement, c’est le fait de s’entrainer dans un environnement ne pardonnant pas les erreurs qui va faire que l’on évite les mouvements risqués. Au contraire, s’entrainer dans un environnement potentiellement moins dangereux, comme par exemple en salle, avec des tapis, va inhiber la peur, nous pousser à tenter ce que l’on aurait probablement pas dû, et c’est là que les risques de blessures sont les plus haut.
De plus, le parkour est un apprentissage de nos limites. On apprend progressivement à reconnaitre ce qui est dangereux, ce qui ne l’est pas. S’entraîner en salle n’enseigne pas ce genre de choses : la désinhibition et une bonne chose pour progresser au niveau de la performance, mais pas pour apprendre à mesurer les risques. On peut également noter que le parkour se centre notamment sur le concept de réduction des chocs. On apprend à amortir correctement chaque saut, chaque passement d’obstacle, car le corps comprends qu’il faut s’adapter à la dureté du béton. Cela ne s’apprend dans un environnement mou.
Il faut également mentionner que dans le parkour, on est seul. Pas d’adversaire, pas de partenaires, pas de balle, pas d’équipement en dehors de l’environnement. Pas de pression temporelle. La seule chose qui compte, on pourrait même dire le seul « danger », c’est nous-mêmes. Le risque ne provient que du choix de nos actions, pas d’un élément extérieur incontrôlable. Ceci limite énormément la probabilité de se blesser.
Finalement, le parkour, c’est « être et durer », c’est « être fort pour être utile ». C’est prendre des risques minimes dans des situations peu dangereuses pour en tirer des bénéfices, autant au niveau physique et techniques, que psychologiques. Le but se situe plus dans ces bénéfices que dans la performance en tant que telle. Et ceci fait que l’on n’a moins tendance à mettre en jeu notre intégrité physique dans un but de performance objective.


« Je ne suis pas un casse-cou »

Moi non plus ! J’ai le vertige. Je n’ai jamais osé faire grand chose de dangereux dans ma jeunesse. J’ai mis 6 mois avant d’oser faire un saut périlleux arrière (rien à voir avec le parkour, mais cela montre que je ne suis pas quelqu’un qui se lance sans (sur-)rationaliser une situation), alors même que j’avais tout le matériel nécessaire pour l’apprendre en sécurité.
Le parkour pour moi n’a jamais été une question de repousser absolument ses limites, comme un sport extrême. Il s’agit bien plus d’expérimenter avec ses limites, imaginées ou physiques. Et de se rendre compte que dans bon nombre de cas, ce qui semblait hors de portée n’est en fait qu’un ensemble de mouvements s’apprenant de façon très naturelle. Progressivement, on apprend à reconnaitre les risques d’une situation, et à y réagir correctement. La peur du vide recule, on prend confiance en soi. Comme dit plus haut, le parkour n’est pas fondamentalement dangereux. Et je pense que c’est justement PARCE QUE l'on est pas un casse-cou qu’il faudrait pratiquer le parkour. Une vraie tête brûlée n’en tirera pas grand-chose à part sa performance objective. La confrontation à un obstacle terrifiant, même lorsque l'on finit par abandonner, est au contraire une expérience très riche.

« Je suis trop jeune »

Ça n’a pas vraiment de sens. On a tous bougé d'une manière similaire au parkour dans notre enfance. On en était pas conscient, mais c’est ainsi que l’on apprend à se déplacer et à appréhender notre environnement. Trop jeune pour reprendre une activité que l’on pratiquait déjà avant ? Il est vrai qu’un jeune doit progresser calmement, et prendre conscience de ce qui est bon ou mauvais pour lui. Il est probablement bon d’attendre la fin de la croissance avant de vouloir atteindre des performances surhumaines et des sauts de fond de 15m. Mais de toute façon, je n’aviserais personne d’avoir ce genre de pratique (en tout cas, pas de manière régulière), jeune ou non. De plus, et j’y reviendrai, le parkour n’est pas fondamentalement dangereux, pas plus que n’importe quelle pratique. Pas plus que l’athlétisme, la gymnastique, la course à pied, l’escalade. Probablement moins, en particulier si on s’entoure pour commencer de personnes pouvant conseiller quant à notre technique et sécurité.
Il y a de nombreux exemples de ce que les jeunes sont capables de faire, en voici un qui parlera de lui-même :

« Je suis trop vieux »

Cela fait déjà plus de sens. Le parkour est médiatisé comme étant un sport de jeunes. Et de fait, on entre dans un cercle vicieux où la majorité des pratiquants actuels étant jeunes, les plus vieux n’y seront pas attirés, et par conséquent on obtient une reproduction perpétuelle du milieu. Les jeunes ont également grandi dans ce monde de youtube, des yamakazis et que sais-je. Les plus vieux n’ont probablement jamais connu une discipline similaire au parkour, en tout cas pas pratiquée en milieu urbain. Et le fait que, après des années de pratique les exploits d’un traceur semblent surhumains ne va pas donner confiance à quelqu’un qui sent que ses capacités physiques sont insuffisantes pour pratiquer à ce niveau-là. Mais le parkour n’a pas besoin de ressembler à ça. Comme déjà dit, il se pratique essentiellement au niveau du sol. Chacun le pratique en fonction de ses capacités. L’important est ce que l’on en tire par rapport à ce que l’on était avant d’essayer, pas la performance objective ultime que l’on est capable de faire après des années d’entrainement. Et j’en ai également déjà parlé : le parkour n’est pas plus dangereux qu’une autre activité physique. Le plus vieux marathonien du monde avait 101 ans. Je ne pense pas que passer au-dessus d’une barrière soit plus brutal pour le corps qu’une course de 42 kilomètres!
Voici deux exemples, parmi tant d’autres, que le parkour est accessible à autre chose que des jeunes casse-cous en mal de sensations fortes :

« Je suis une femme »

Déjà : LOL
Bon, j’avoue qu’on ne m’a quand même jamais donné directement cette excuse, et heureusement. Mais socialement, il semble y avoir une certaine retenue. Je ne vais pas analyser le phénomène en détail, il y a de multiples raisons à cela, mais le fait que la majorité des pratiquants actuels soient masculins fait que le champ social se perpétue continuellement, comme il le fait pour le jeune âge des pratiquants. Le peu d’exemples et modèles féminins rends peut-être l’assimilation plus difficile. Toujours est-t-il que je ne vois aucune raison qui empêcherait de pratiquer. Si on pouvait m’en donner, je les réfuterais volontiers, en attendant je n’ai rien à dire de plus.
La seule chose que je puisse faire est de donner des exemples, qui ne sont pas seulement des exemples féminins mais des exemples de mouvements de haute qualité, sans tenir compte du genre !
En voici quelques uns:

Et voici quelqu’un qui pourra raconter mieux que moi l’expérience féminine du parkour : http://www.parkourgenerations.com/node/5476

« Je ne suis pas au mieux de ma forme »

Pas besoin d’être déjà un athlète pour commencer le parkour. Au contraire : vous aurez beaucoup moins à apprendre, et l’expérience sera potentiellement moins enrichissante. Et si je vous disais que le parkour est ce qui pourrait vous rendre le mieux de votre forme ? Personnellement, j’ai d’assez graves problèmes de chevilles. Depuis des années, je boite très régulièrement, et il s’avère qu’un des os de ma cheville s’est nécrosé (miam). Néanmoins, depuis que je pratique le parkour, je suis capable de marcher, courir, sauter de grandes distances sans problème, même si je dois encore parfois m’échauffer avant de pouvoir marcher correctement le matin, ou après être resté trop longtemps assis. La stabilité de ma cheville s’est incroyablement améliorée, je suis passé d’entorses régulières (des mini-entorses jusqu’à plusieurs fois par semaines, et des grosses entorses plusieurs fois par an) à… aucune en un an. De plus, ma force s'est largement développée, sans que j'aie vraiment besoin de faire un effort. S'amuser avec les obstacles régulièrement est suffisant pour obtenir une excellente condition physique !

Voici un exemple de quelqu’un qui, manifestement et de son propre aveu, n’est pas un jeune athlète de 20ans surveillant sa ligne et faisant un complétement de musclation :

Voici James Blake Gallion, atteint d’infirmité motrice cérébrale (IMC) (attention, grosse émotion non-exclue durant le visionnage de cette vidéo):


Max Runham, amputé d’un bras, qui pourtant est un traceur d’exception… et bouge certainement mieux que la majorité de la population :

Un jeune homme et son unique jambe :

Et la liste pourrait encore continuer longtemps. Il faut FAIRE avec ce qu’on a, pas ne rien faire parce qu’il nous manque quelque chose. En particulier si ce quelconque manque pouvait venir à être comblé par la pratique…

« Il fait trop froid  »

Effectivement, je comprends que le froid motive peu. La neige, la glace et la pluie ne sont pas les meilleures conditions pour commencer le parkour. En effet, en apprenant, on est plus statique, et du coup on subit plus fortement les affres de la météo. Néanmoins, aujourd'hui est le 23 décembre, et on continue à pouvoir s'entraîner en t-shirt ! Durant la plus grande partie de l'année, un pull suffit à s'isoler du froid. Trouver un spot à l'abri du vent est également une bonne idée. Cela fait que le nombre de jours où il fait suffisamment froid pour que ce soit désagréable de s'entraîner dehors est vraiment faible. Il est vrai que je ne conseille pas nécessairement au débutants de commencer à s'entrainer durant cette partie de l'année, car peut-être source de démotivation. Mais passé l'apprentissage des bases, le parkour devient plus dynamique, et l'on a vite trop chaud, même en hiver. Le plus dur est de se motiver à sortir de chez soi. Une fois en mouvement, il n'y pas de problème.
De plus, j'ai déjà mentionné l'intérêt de s'entrainer par tous les temps dans mon article précédent[2].. S'il faut être capable de se déplacer à travers son environnement, il faut être capable de le faire même les jours où il ne fait pas bon d'aller à la plage ! Effectivement, certains sauts deviennent plus dangereux, et il est important de savoir comment les appréhender, comment modifier sa technique en accord avec les changements de la météo, et quels mouvements éviter totalement. Tout devient peut-être plus difficile, mais ce n'est qu'une occasion de plus de se confronter à un obstacle !
Au mieux: sortez en même temps que le soleil, lorsqu'il n'y a pas de vent, suffisamment habillé, et regardez où cela vous mène. Il ne fait pas toujours aussi froid que l'on pense.
Au pire: attendez le retour des beaux jours, et entrainez-vous sérieusement. L'hiver suivant, vous ne pourrez pas vous empêcher de sortir :D

« Je ne suis pas/plus assez souple »

Je ne sais pas pourquoi les gens pensent que le parkour requiert ou donne particulièrement de la souplesse. Je n’ai jamais pensé que la souplesse y était un élément central. Elle est utile en tant que compétence pour n’importe quelle activité physique, même dans la vie de tous les jours, afin d’éviter certaines blessures, avoir une bonne posture, des mouvements de la bonne amplitude, dans le bon axe. Et oui, elle aide très certainement à la pratique du parkour, certaines techniques requérant une bonne amplitude. Mais au vu des excellents traceurs manquant de souplesse que je connais, elle me semble ne pas être fondamentale. Et puis, ça s’entraîne, si besoin est ! Mais en règle générale : si on est souple, tant mieux, sinon, comme pour tout le reste, on s’adapte avec les capacités que l’on a.

« Je suis nul en parkour »/« Je viendrai quand je serai fort »

Heeeem. Comment dire. Par où commencer… Sérieusement ? WTF ?
Je ne plaisante pas, on m’a sorti cette excuse en tout cas plus d’une dizaine de fois cette année.
Évidemment, quand on a jamais pratiqué une activité, il y a pas vraiment de raison que l’on y soit bon. Ça me fait penser à la blague du type qui demande à un autre « tu sais nager ? » et le mec lui répond « je sais pas, j’ai jamais essayé ».
Le parkour n'aurait que peu d'intérêt si il n'offrait pas une marge de progression énorme. Mais non seulement cette progression est possible, elle est également en général très rapide ! Avant d'essayer, on pense impossible ce que l'on fera facilement un an plus tard !
Et au niveau communautaire, le but d’un entrainement, est de s’entraîner. D’apprendre. De progresser. Quel est l’intérêt d’y venir seulement après être devenu fort ? Voir quelqu’un bien bouger, le voir réaliser des performances spectaculaires, c’est bien, mais au fond ce n’est pas très intéressant. Par contre, observer quelqu’un se battant contre lui-même pour affronter ses peurs, le voir partir de rien et être présent durant sa progression, ça, c’est enrichissant. Comme le dit Blane dans son dernier article[3], voir les émotions et les méthodes utilisées par quelqu’un durant la confrontation à un obstacle, une situation stressante, nous apprend beaucoup sur cette personne.
Mais il ne s’agit pas seulement de ça : même pour quelqu’un comme moi qui apprécie le plus de s’entraîner seul, il est très utile d’avoir de temps à autres les conseils et le feedback d’autrui. A fortiori lorsque l’on débute, où il me semble essentiel de se référer à quelqu’un ayant de l’expérience. De plus, le parkour n’est pas encore (du moins ici, dans la région lausannoise) dans une situation de transmission verticale de maitre à élève. Il s’agit avant tout d’une transmission horizontale, où tout le monde aide tout le monde, chacun ayant ses techniques spécifiques, ses mouvements de prédilection, ses petites spécialisations, son point de vue subjectif sur la discipline. En ce moment, j’apprends beaucoup des débutants, en observant leur façon de procéder pour apprendre tel ou tel mouvement, ou pour casser un saut. C’est comme ça qu’apparaissent les détails qui peuvent faciliter une technique ou certains enchainements. Et on peut également ainsi apprendre des erreurs des autres.
Il n’est pas forcément facile de se lancer au début dans une activité comme le parkour. C’est un peu étrange, on est tous dans la rue, visibles du public. Il faut accepter ça avant de pouvoir bouger, avant de pouvoir progresser. Accepter que le regard des gens n’est rien, que ce soit lors de la réussite ou lors d’un échec. Avoir peur du regard des autres traceurs devrait par contre être beaucoup plus facile : au vu de la transmission horizontale des savoirs, il me semble clair que nous avons tous le statut d’apprenants. Il n’y a pas de honte à avoir lorsque nous sommes tous en train de progresser à notre rythme en nous basant sur nos propres acquis. J’hésite encore à me considérer comme quelque chose de plus qu’un débutant après deux ans et demi de pratique. Pas par fausse ou sincère humilité, mais simplement parce que je n’ai pas vraiment l’impression d’avoir quelque chose de plus que quiconque commencerait le parkour. Preuve en est, lorsqu’une personne déjà très active physiquement se met au parkour, elle se rapproche rapidement et sensiblement de mes performances. Oui, j’ai bien de l’expérience en plus, mais clairement pas assez pour pouvoir me considérer comme autre chose qu’un apprenant.
Par pitié : si vous êtes mauvais en parkour, c’est que vous avez besoin de vous entraîner : venez !
Si vous n’avez pas un corps d’athlète finement sculpté, vous avez besoin d’une activité physique qui vous renforce, venez !
C’est seulement le contraire qui ne nécessiterait à la limite (mais l'on peut toujours s’améliorer) pas d’entrainement… backwards logic.


Brève conclusion

Pour terminer, j'aimerais faire comprendre que même s’il y a certains éléments qui peuvent rebuter et faire peur, et s’il y a bien quelques risques, comme dans toute activité, le ratio risque/bénéfice en vaut largement la peine ! Le parkour est un entrainement extrêmement complet et efficace, une expérience psychologiquement très enrichissante, en plus d’enseigner des techniques à haute valeur utilitaire. Ce n’est pas un simple sport, c’est bien plus que cela. La plupart des traceurs ressentent le parkour comme un art de vivre. J'aimerais bien en dire plus, mais vraiment, le seul moyen de s’en rendre compte c’est d’essayer. Je n’ai plus qu’une chose à dire : venez. Ne serait-ce qu’une seule session, l’expérience et l’apprentissage valent la peine de faire le premier pas. Peut-être que vous n’aimerez pas... mais peut-être que votre vie sera changée à jamais !